La musique et les philosophes

Selon Platon, la musique est capable de contourner la raison et de pénétrer au plus profond de l’être, provoquant un grand impact sur le caractère : « parce que plus que toute autre chose, le rythme et l’harmonie trouvent leur chemin jusqu’au plus profond de l’âme et s’y emparent avec la plus grande force ».

Platon voit le pouvoir de la musique dans sa capacité à traduire les émotions. Dans ‘La République’, il décrit comment l’auditeur peut reconnaître toutes sortes d’émotions, telles que « la sobriété, le courage, la générosité et la noblesse d’esprit, ainsi que toutes leurs parentés et leurs contraires ». En écoutant de la musique, on finit par s’accorder à son mouvement émotionnel et l’accompagner. Ainsi, une bonne musique non seulement émeut l’auditeur, mais le conduit également vers un état émotionnel bon (vertueux) et ordonné. Une mauvaise musique peut avoir l’effet inverse, en ayant un impact insuffisant ou trop fort, ou en poussant à la faiblesse ou au mal.

D’autres effets durables sur la personnalité se manifestent. Si un enfant apprend à laisser libre cours à ses émotions avec mesure grâce à de la bonne musique, il sera dans un état de bon équilibre psychique et ne tombera pas dans les extrêmes. Autrement dit, la bonne musique peut calibrer l’équilibre psychique, et par conséquent le sens du bien d’une personne ! Ce dernier s’étendra alors à d’autres domaines et deviendra naturel (un sens), même sans faire la distinction expresse de bien ou de mal (chez un enfant, par exemple). Enfin, le dernier impact de la bonne musique est sa capacité à préparer l’esprit à l’apprentissage. Platon soutient que la musique éveille le désir de savoir et aiguise simultanément les perceptions.

Son élève Aristote écrit dans son ouvrage Politique :

« …quand les hommes entendent des imitations, même en dehors des rythmes et des mélodies eux-mêmes, leurs sentiments s’animent. Puisque la musique est un plaisir, et que l’excellence consiste à se réjouir, à aimer et à haïr avec justice, il n’y a évidemment rien que nous ayons autant à acquérir et à cultiver que la capacité de former des jugements justes et de nous réjouir des bonnes dispositions et des actions nobles. »

Aristote introduit un autre mot clé dans sa théorie musicale unifiée : la catharsis. Selon cette conception, la musique peut être un instrument permettant d’équilibrer l’état émotionnel d’une personne. La musique aide à y parvenir en intégrant les sentiments extrêmes.