L’hommage de l’abbé Benoît Lobet à José van Dam
Le 9 mars, la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule a réuni un millier de personnes pour un ultime hommage en musique à José van Dam. Le chanteur lyrique bruxellois, l’un des plus célèbres que la Belgique ait connu, s’est éteint le 17 février dernier à l’âge de 85 ans. Dans son homélie, l’abbé Benoît Lobet a parlé d’éternité, « cette dimension que nous avons du mal à saisir », mais que nous pressentons pourtant parfois « dans des moments bénis », comme le chant.
En ouverture de la célébration, l’abbé Benoît Lobet a accueilli l’assemblée en rappelant combien la cathédrale avait souvent résonné de la voix de José van Dam, évoquant notamment son interprétation marquante du Bist du bei mir, lors des funérailles du roi Baudouin. Il a salué en lui bien plus qu’un immense artiste : une présence, une personnalité, et pour beaucoup, un ami. À la demande de sa famille et de ses proches, cet hommage a été voulu à la fois simple et recueilli, mais aussi à la hauteur de son talent. « José était un chrétien, et c’est donc dans la trame de la prière chrétienne que cet hommage trouvera sa place et son déroulement. »
L’homélie de l’abbé Benoît Lobet :
Celles et ceux qui, comme moi, sont des gens de la campagne, le savent bien : sur les sachets de semences, la photo n’est pas celle de la semence, mais celle de la fleur que la semence donnera quand elle aura été perdue dans la terre. Au moment d’offrir sa vie et de se laisser capturer par la mort, c’est la leçon que Jésus rappelle à ses proches en ne dissociant pas la croix et la gloire. Sa destinée humaine va bientôt s’interrompre dans la passion qu’il va subir, mais cette mort est nécessaire pour que sa gloire – c’est-à-dire la présence de Dieu en lui – soit manifestée au monde entier, et qu’ainsi la vie terrestre qui aura été la sienne « porte du fruit en abondance. »
Pour les chrétiens comme José, la mort n’est pas la fin de tout. Elle est une nécessité non seulement biologique, mais spirituelle qui ouvre à une vie plus vaste que la vie terrestre. Une vie débarrassée de l’espace et du temps, qui nous contingentent si bien que nous avons du mal à nous représenter ce que peut être une existence hors l’espace et le temps, c’est-à-dire, l’éternité. L’éternité n’est pas un temps infini ou indéfini, mais l’autre du temps et de l’espace. Cette dimension que nous avons du mal à saisir, nous la pressentons pourtant parfois dans des moments bénis et, parmi tous les beaux-arts, la musique et le chant sont probablement de ces lieux où l’éternité se laisse apercevoir. Il faut pour cela bien du talent aux artistes qui servent ces disciplines, un long apprentissage de la technique pour ensuite s’en détacher et laisser libre cours à la grâce et au génie de l’interprétation. Là encore – et notre défunt le savait bien – nous sommes dans une logique de mort pour plus de vie : servir la musique, servir le chant, ce n’est pas se servir d’eux pour sa propre gloriole, si éphémère, mais c’est se retirer, s’oublier, pour leur laisser toute la place, pour qu’elles deviennent en effet une fenêtre ouverte sur l’éternité.
La mort de José van Dam attriste évidemment sa famille et ses nombreux amis. Mais, en la plaçant sous le signe de ce grain de blé tombé en terre pour donner beaucoup de fruit, et à la suite de Jésus qui s’assimile à ce grain de blé pour entrer dans la seule gloire qui vaille, ses proches ont voulu dire la fécondité non seulement présente, mais surtout à venir, d’une vie offerte à la beauté.
