L’humour dans la tradition chrétienne

Prière pour le meilleur de l’humour

par saint Thomas More
foto credits: Door Hans Holbein de Jonge – The Yorck Project (2002) 10.000 Meisterwerke der Malerei (DVD-ROM), distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH. ISBN: 3936122202., Publiek domein, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=152982

Accorde-moi, ô Seigneur, une bonne digestion, ainsi que de quoi digérer.
Accorde-moi un corps sain, et le meilleur de l’humour nécessaire pour le préserver.
Accorde-moi une âme simple qui sache chérir tout ce qui est bon
et qui ne s’effraie pas facilement à la vue du mal,
mais qui trouve plutôt le moyen de remettre les choses à leur place.
Donne-moi une âme qui ne connaisse ni l’ennui, ni les grognements, ni les soupirs, ni les lamentations,
ni l’excès de stress, à cause de cette chose qui fait obstacle et que l’on appelle le « moi ».
Accorde-moi, ô Seigneur, le sens du meilleur de l’humour.
Accorde-moi la grâce de savoir prendre une plaisanterie pour découvrir dans la vie un peu de joie,
et de pouvoir la partager avec les autres.

L’idée centrale est frappante : l’humour est associé à la libération de ce « moi » démesuré.

Filippus Neri

Saint Philippe Néri était un humoriste, mais pas un comédien.
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Quand on pense aux saints et à leurs images, on imagine généralement une personne solennelle et paisible, d’une grande sainteté. Philippe Néri était assurément un homme d’une grande sainteté, mais sa sainteté puisait sa source dans sa joie de vivre. Il était pieux et plein d’humour ; on savait qu’il gardait toujours à portée de main un recueil de plaisanteries. Ses méthodes pour atteindre la sainteté et la promouvoir chez son entourage étaient singulières, voire parfois embarrassantes. Malgré cela, ses disciples et les membres de son oratoire étaient réputés pour être les plus heureux et les plus joyeux de tous les Romains de l’époque.

Neri conserva son sens de l’humour jusqu’à ses derniers instants, et une anecdote amusante nous est parvenue. Il lutta fréquemment contre de graves maladies au cours de sa vie, et il est surprenant qu’il ait vécu jusqu’à 79 ans. Quoi qu’il en soit, lorsqu’il fut terrassé par sa dernière maladie, il sut que ses jours étaient comptés. Non pas à cause de la maladie elle-même, mais parce qu’une vision lui avait révélé qu’il mourrait le jour de la Fête­-Dieu. Malgré tout, il endura des souffrances insupportables. Nombreux furent ceux qui se rassemblèrent à son chevet, prêts à tout pour le soulager, mais il les repoussait souvent. La nuit de son décès, afin de vérifier sa lucidité, un de ses compagnons lui demanda l’heure. Il faut se rappeler qu’il savait, grâce à sa vision, que c’était sa dernière heure sur terre. Il répondit : « Il est 20 heures. Dans une heure, il sera 21 heures. Puis 22 heures, puis 23 heures, et enfin minuit. Maintenant, laissez­-moi dormir. » Tous rirent. Leur chef était véritablement courageux et plein de joie. Puisse son intercession faire en sorte que cela demeure en nous.

Les périodes difficiles demandent du rire

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G.K. CHESTERTON a dit un jour : « La culture récente a tendance à tolérer le sourire, mais à décourager le rire. » Ce n’est pas que G.K.C. n’aimait pas sourire, c’est simplement qu’il ne le préférait pas au rire. Voici pourquoi.

Dans son essai « Le rire », Chesterton expose trois raisons pour lesquelles le rire est préférable au sourire :

  1. Le sourire peut facilement se transformer en rictus, alors qu’il est difficile d’avoir un véritable rire (par opposition à un gloussement) avec une intention malveillante.
  2. Le sourire est individuel et souvent discret, tandis que le rire est social et contagieux.
  3. Le rire est innocent et spontané, et se rapproche davantage de la véritable humilité, car il rend vulnérable.

Le rire a quelque chose en commun avec les vents anciens de la foi et de l’inspiration », disait Chesterton, « il fait fondre l’orgueil et dissipe le secret ; cela fait oublier aux hommes qu’ils sont face à quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. » Le rire nous fait sortir de nous-mêmes d’une manière que le simple sourire ne peut égaler. Un sourire peut masquer des problèmes plus profonds. Mais un véritable rire nous comble d’une sorte d’oubli de soi.

Chesterton considérait la foi biblique comme une source de joie, quelque chose qui, si on la prend au sérieux, conduit tout naturellement au rire. Dans son essai « Sur le sérieux », Chesterton écrivait : « Je n’aime pas le sérieux. Je pense qu’il est irréligieux. Ou, si vous préférez cette expression, c’est la marque de toutes les fausses religions. L’homme qui prend tout au sérieux est celui qui fait de tout une idole.

Que Chesterton nous encouragerait-il à faire en cette période marquée par la peur, les conflits internationaux et l’angoisse ? Rire. Vous ne me croyez pas ? Je vais laisser ce géant de la littérature s’exprimer lui-même. Voici un extrait de son ouvrage Orthodoxy :

L’homme est davantage lui-même, il est plus humain, lorsque la joie est en lui ce qui est fondamental, et le chagrin ce qui est superficiel. La mélancolie devrait être un intermède innocent, un état d’esprit tendre et fugitif ; la joie devrait être le battement permanent de l’âme. Le pessimisme est, au mieux, un demi-repos émotionnel ; la joie est le travail tumultueux par lequel toutes choses vivent.