La joie de Dieu le Créateur

Bien que l’Ancien Testament soit souvent associé à la loi, au jugement et à la sainteté, il offre une image étonnamment riche de la joie de Dieu. Cette joie n’est ni superficielle ni sentimentale, mais elle découle de la plénitude de vie de Dieu, de son amour pour la création et de son alliance avec son peuple.

1. Dieu se réjouit de sa création

À la fin de chaque jour de la création, Dieu voit que son œuvre est « bonne », et après le sixième jour, même « très bonne » (Genèse 1:31). Bien que le texte ne dise pas explicitement que Dieu sourit, il respire la satisfaction et la joie de Dieu.

Le Psaume 104 l’exprime encore plus clairement :

« Que la gloire de l’Éternel dure à jamais ! Que l’Éternel se réjouisse de ses œuvres ! » (Psaume 104:31)

Dieu prend donc plaisir à sa propre création.

2. Dieu se réjouit de son peuple

L’un des textes les plus émouvants est le suivant :

« L’Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi… Il se réjouira de toi avec joie… Il poussera des cris de joie à ton sujet. » (Sophonie 3:17)

Ici, Dieu n’est pas seulement présenté comme aimant, mais même comme quelqu’un qui exulte à cause de son peuple.

Le verbe hébreu (gîl) évoque une joie exubérante.

3. Dieu institue des fêtes

L’Ancien Testament comporte un nombre remarquable de fêtes.

  • Pâque
  • Fête des Semaines
  • Fête des Tabernacles

Ce ne sont pas de simples obligations religieuses, mais des moments de joie collective.

Par exemple :

« Vous vous réjouirez devant l’Éternel. » (Deutéronome 12:7)

La joie fait donc partie du culte.

4. Dieu aime la musique

David nomme des chanteurs pour le temple.

Les Psaumes regorgent d’appels tels que :

  • « Acclamez l’Éternel. »
  • « Chantez un cantique nouveau. »
  • « Louez-Le avec le tambourin et la danse des sautelles. »

Cela suggère que la joie n’est pas seulement autorisée, mais qu’elle est souhaitée par Dieu.

5. Dieu rit ?

Il existe quelques passages dans lesquels Dieu rit.

Psaume 2 :

« Celui qui habite dans les cieux rit ; le Seigneur se moque d’eux. »

Psaume 37 :

« L’Éternel se moque de lui, car Il voit que son jour approche. »

Il ne s’agit toutefois pas ici d’un humour chaleureux et enjoué, mais la tension de la souveraineté absolue de Dieu face à l’orgueil humain.

Le mot hébreu (śāḥaq) signifie bien « rire », mais dans ce contexte, c’est l’expression de la majesté inviolable de Dieu.

6. La Sagesse joue devant Dieu

On trouve un passage particulièrement beau dans Proverbes 8.

La Sagesse personnifiée dit :

« Je fus chaque jour sa source de joie et je jouais sans cesse devant lui. » (Proverbes 8:30)

Le verbe hébreu peut signifier aussi bien « jouer », « gambader » que « se réjouir ».

De nombreux Pères de l’Église y voyaient une préfiguration du Christ, le Logos éternel. Que l’on adhère ou non à cette interprétation, ce passage montre en tout cas que le jeu et la joie ont leur place en présence de Dieu.

Une tendance frappante

Si l’on rassemble tous ces textes, une image surprenante se dessine.

Dieu est présenté comme quelqu’un qui :

  • apprécie la beauté ;
  • apprécie la musique ;
  • organise des fêtes ;
  • se réjouit de ses enfants ;
  • jubile pour son peuple ;
  • sait s’amuser de l’ordre de la création ;
  • et rit même de l’orgueil humain.

C’est tout autre chose que l’image caricaturale et fausse d’un Dieu constamment sévère ou sombre.

Lien avec Jésus

D’un point de vue chrétien, cela trouve son accomplissement en Jésus. Lorsque Jésus dit :

« Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jean 14, 9)

il est évident que la joie, l’hospitalité et la présence pleine de vie que nous voyons en Lui ne sont pas des qualités nouvelles, mais la révélation visible de ce qui a toujours été présent dans l’essence même de Dieu.

Dans cette perspective, un texte tel que Sophonie 3, 17 est également particulièrement révélateur : le Dieu qui se réjouit de son peuple est le même Dieu qui, en Christ, prend place à un festin de noces, embrasse les enfants et invite ses disciples à « ma joie » (Jean 15, 11). Le Nouveau Testament n’introduit donc pas un Dieu joyeux à la place d’un Dieu sévère ; il révèle la joie qui était déjà présente dans l’Ancien Testament, mais qui restait souvent cachée sous l’ombre de la sainteté et de la justice de Dieu.